Le droit de ne pas allaiter

Le droit de ne pas allaiter

Et voilà … première réunion d’information à l’hôpital.

 

Je m’y rends toute excitée, un peu comme un premier jour d’école.

 

Seule ce jour là, j’entre dans une immense salle dans laquelle sont alignées plusieurs rangées de chaises.

 

Certaines camarades sont discrètement installées sur les chaises du fond, d’autres ont préféré le premier rang.

Comme à l’école primaire, au collège, au lycée puis à l’université, j’hésite … (#grosse gamine)

 

Au fond de la salle, les blouses blanches sourient. Médecins et infirmiers nous invitent à récupérer nos affaires scolaires (une petite mallette bleue et rose) et la fiche d’information.

 

La réunion commence par « les fondamentaux » :

 

  1. « Mesdames, vous allez devoir vous soumettre à trois échographies obligatoires :
  • La première, entre la 9ème et la 14ème semaine de grossesse, a pour but de déterminer l’âge de la grossesse et d’établir sont bon déroulement et la bonne croissance du bébé.
  • La seconde, entre 20 et 22 semaines, permet de suivre la croissance du bébé et de vérifier que son développement est normal. Vous pourrez en général alors connaître le sexe de votre bébé.
  • La troisième, au cours du 8ème mois de grossesse, permet de contrôler le développement des membres du bébé et de voir sa position. On mesure la place du bébé et la quantité de liquide amniotique.

 

  1. Les réunions de préparation à la naissance

4 séances sont organisées :

  • la première, concerne la fin de la grossesse et le début du travail
  • la seconde, l’accouchement lui même.
  • La troisième, le séjour en maternité et les suites de l’accouchement
  • La quatrième, le retour à la maison et son organisation

 

Quelqu’un a t’il une question à ce stade ?

(Une future maman se lève)

  • « Oui, bonjour, je voudrais savoir si je peux accoucher accroupie ? »
  • « Oui Madame, c’est selon vos préférences ».

 

(Je ne savais même pas que c’était possible ! Y a jamais ça dans les films…)

 

Pas d’autres questions ? Je poursuis :

 

  1. Les séances qui concernent l’alimentation du nouveau né :

Cette séance aborde l’alimentation artificielle du bébé, le démarrage de l’allaitement maternel et ses différentes étapes. Il donne quelques clés pour choisir le mode d’alimentation du bébé.

 

A ce stade, nous avons le sentiment d’avoir le choix …

 

Ne vous méprenez pas…

 

De retour à la maison :

  • chéri tu penses quoi de l’allaitement ?
  • Rien, je suis contre
  • Ah bon pourquoi ?
  • Je ne sais pas je ne trouve pas ça très glamour et en plus y’a des séquelles sur le corps. Tu as l’intention d’allaiter ?
  • Je ne sais pas je réfléchis…

C’est quand même une décision difficile.

 

Devons nous allaiter ou pas ? Combien de temps ?

 

Une fois n’est pas coutume, je google la question …

« L’allaitement est idéal pour apporter au nourrisson tous les nutriments dont il a besoin pour grandir et se développer en bonne santé. Il permet un lien renforcé avec le nouveau né.

Le lait maternel joue un rôle préventif contre les microbes, les allergies, la mortalité infantile, les risques d’obésité, le diabète,

Allaiter permet à l’utérus de reprendre sa place plus rapidement après l’accouchement ; il diminue les risques de certains cancers et d’ostéoporose pour la mère.

L’Organisation mondiale de la santé préconise l’allaitement maternel exclusif jusqu’à l’âge de 6 mois.

Et sachez que des associations de soutien à l’allaitement existent … »

 

Merci GOOGLE !

Entre les recommandations de l’OMS et le regard de la Société qui nous culpabilise lorsque l’on choisit de ne pas allaiter, le choix personnel devient compliqué …

 

Du coup, j’essaie de prendre rendez vous avec moi même :

 

« Petite baleine, je m’adresse à la femme qui sommeille de plus en plus profondément en toi, as tu envie ou non d’allaiter ? »

 

Ben non.

 

D’abord, je suis de nature très pudique… sortir mon sein à chaque fois que bébé aura faim, ça ne m’enchante pas du tout. Je risque d’être mal à l’aise à chaque tétée, du coup la théorie du moment privilégié avec bébé tombe complètement à l’eau.

 

Je n’ai d’ailleurs pas envie d’exclure futur papa. C’est déjà difficile pour eux qui n’ont pas porté l’enfant et ne l’ont pas accouché de se faire une place. Alors l’empêcher de nourrir boutchou ne me paraît pas particulièrement judicieux.

 

Ensuite, je vais accoucher dans une ville et peu de temps après déménager.

Il va donc falloir s’occuper de bébé, de futur papa devenu papa, de vider les cartons, ranger les cartons, cela en plus de tout le reste.

En clair, si je veux tenir debout, il me semble indispensable que papa puisse prendre le relai pour l’alimentation de bébé. Et comme papa n’a ni seins, ni montée de lait…

 

Après, il paraît que la montée de lait est un moment de bonheur intense … Je n’ai pas envie de le vivre.

 

Je n’ai pas non plus envie de tirer mon lait parce que j’aurai à coup sur le sentiment d’être une vache laitière en plus d’être une vache tout court.

 

Et pour finir je préfère connaître la quantité exacte de lait que boutchou a ingéré. Parce que cela va me rassurer et me permettre de mieux analyser ses pleurs. J’ai peur qu’en allaitant, chaque pleur me fasse envisager la faim.

 

Je choisis donc de ne pas allaiter et de faire confiance aux dizaines d’années de recherches des laboratoires pharmaceutiques pour élaborer le lait en poudre.

 

ET STOP A LA CULPABILISATION !

 

C’est comme si le passage du temps avait permis l’évolution des mentalités sur la contraception, l’avortement, la péridurale mais qu’il s’était complètement arrêté concernant l’allaitement.

 

Je m’explique :

 

Première rencontre avec la sage femme  de l’hôpital:

 

  • « vous souhaitez allaiter ?
  • non Madame
  • Vous ne souhaitez même pas essayer ?
  • Non madame
  • Vous connaissez les bénéfices de l’allaitement pour le bébé et pour vous?
  • OUI MADAME
  • Sachez que vous aurez la possibilité de changer d’avis jusqu’à la dernière seconde ! »

 

Ce ne serait pas ce qu’on appelle du forcing ?

Un peu quand même!

Ou c’est au moins un moyen de remettre le débat déjà réglé dans notre tête sur le tapis. C’est quand même dégueulasse. Vivre une grossesse, c’est déjà apprendre à contrôler les nouvelles hormones qui se baladent dans notre corps, il n’est franchement pas nécessaire de nous ajouter la culpabilité sur un sujet que nous avons déjà eu du mal à régler.

 

Pour finir, concernant les moyens pour ne pas avoir de montée de lait, vous devrez éplucher, seule, la brochure de l’Hôpital parce que les blouses blanches ne vous rappelleront pas de prendre avec vous les comprimés d’homéopathie (ou autres) qu’il faudra débuter juste après l’accouchement …

 

Que mon propos soit clair, j’encourage toutes les femmes qui souhaitent allaiter à aller au bout de leur désir.

 

Par contre, je m’insurge contre tous ceux qui ne respectent pas le choix de celles qui ne le veulent pas.

 

Nous ne sommes pas de mauvaises mères parce que l’on a décidé de ne pas allaiter.

 

Si les bienfaits de l’allaitement sont démontrés, il n’y a pas de méfaits liés à l’alimentation artificielle !

 

Je décide d’être forte et de soutenir le regard de tous ceux qui diront :

 

  •  » Ah bon, tu n’allaites pas ? Mais pourquoi tu n’as pas pu ?

  • NON JE N AI PAS VOULU ! »

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2 Comments

  1. Alice - 5 août 2015

    Enfin une maman qui soulève le tabou du droit à ne pas allaiter ! Abattons le diktat de la mère soit disant parfaite décrite dans les livres de princesse !
    Au plaisir de vous lire !
    Alice

  2. Marie Azouelos - 7 septembre 2015

    Entierement d accord avec vous . J ai eleve mes enfants au lait en poudre et je n ai aucun regret. J aime beaucoup votre Blog.

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